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Devinette

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Mystères : Támam Shud, l'homme de Somerton - par Chantal -Belgique le 19/01/2017 » 10:16

Nous sommes le mardi 30 novembre 1948 et 19 heures sonnent. Par cette chaude soirée, le bijoutier John Bain Lyons et sa femme décidèrent d'aller faire un tour sur la plage de Somerton, une station balnéaire à quelques kilomètres au sud d'Adélaïde en Australie. Alors qu'ils marchaient vers Glenelg, ils virent un homme en costume allongé dans le sable, la tête contre une digue. Il était étendu là, à une vingtaine de mètres d'eux, les jambes croisées. Tandis que le couple le regardait, l'homme leva lentement son bras droit avant de le laisser retomber sur le sable. Le bijoutier pensa qu'il était saoul et qu'il essayait de d'allumer une cigarette.
Une demi-heure plus tard, un autre couple remarqua ce même homme, toujours étendu dans la même position. Une femme se pencha au-dessus de lui. Elle constata que son costume était impeccable et qu'il portait des chaussures neuves si brillantes qu'on pouvait se voir dedans – que voilà une bien étrange tenue pour aller à la plage –. Il était immobile. Le couple se dit alors qu'il était endormi. Des dizaines de moustiques voletaient au-dessus de sa tête. Il doit être vraiment mort de fatigue pour ne pas les remarquer, plaisanta le petit ami de la jeune femme.
Il fallut attendre le lendemain matin pour se rendre compte qu'il ne croyait pas si bien dire. L'homme n'était pas seulement mort de fatigue, il était mort. Après avoir nagé quelques longueurs, John Lyons vit plusieurs personnes attroupées près de la digue où il avait aperçu « le soûlard » la veille au soir. Il se dirigea vers elles et vit une silhouette allongée dans la même position, tête appuyée contre la digue et jambes croisées. Mais à présent, le corps était froid. Il n'y avait pas la moindre trace de violence. Une cigarette à moitié consumée était posée sur son col, comme si elle était tombée de sa bouche.





Le corps arriva au Royal Hospital d'Adélaïde 3 heures plus tard. Là, le docteur John Barkley Bennett évalua l'heure de la mort à 2 heures du matin. Selon lui, la cause du décès était sans doute une insuffisance cardiaque, mais il soupçonnait un empoisonnement. Le contenu de ses poches fut disposé sur la table : des tickets pour rallier Adélaïde à la plage, un paquet de chewing-gum, quelques allumettes, deux peignes et un paquet de cigarettes Army Club qui en contenait sept d'une autre marque plus chère, des Kensitas. Il n'y avait ni portefeuille, ni argent liquide, ni carte d'identité. Aucun des vêtements de la victime ne portait d'étiquette avec son nom inscrit dessus. En vérité, toutes les étiquettes avaient été soigneusement retirées. Toutes sauf une. Une des poches de son pantalon avait été recousue avec un fil orange peu commun.
Une autopsie fut pratiquée le jour suivant. Les résultats des analyses post-mortem n'aidèrent pas les enquêteurs à y voir plus clair. L'autopsie révéla que ses pupilles étaient plus petites que la normale et d'aspect inhabituel, et qu'une goutte de salive avait ruisselé le long de la bouche de l'homme alors qu'il était allongé. Sa rate était anormalement grosse et dure. Le foie était gonflé et plein de sang.
Le pathologiste John Dwyer trouva dans l'estomac de la victime les restes de son dernier repas – une tourte à la viande et aux légumes –, ainsi que du sang. Ce détail venait corroborer la thèse de l'empoisonnement, même si rien ne prouvait que le poison ait été mis dans la nourriture. À présent, l'étrange comportement qu'avait eu la victime sur la plage – s'écrouler dans le sable vêtu d'un costume, lever puis laisser tomber son bras droit – ne semblait plus être lié à l'alcool. Cela ressemblait plus à l'attitude de quelqu'un ayant reçu une dose mortelle d'un produit à effet lent. De nombreux tests sanguins ainsi que des analyses sur les organes de la victime furent effectués, mais d'après les rapports de l'expert, les résultats n'ont révélé aucune trace de poison. J'ai été très surpris que l'expert ne trouve rien, confiait le pathologiste lors de l'enquête. À dire vrai, la cause de la mort ne put être déterminée.
Le corps révéla d'autres bizarreries. Les muscles de ses mollets étaient très développés : même s'il approchait la cinquantaine, l'homme avait toujours des jambes d'athlète. Ses orteils, en revanche, avaient une forme très étrange. Un expert laissa une note dans le dossier de l'enquête : Je n'ai jamais vu de toute ma carrière des muscles aussi développés… Et la forme de ses pieds était frappante, on aurait dit – et c'est ma théorie – qu'il avait pris l'habitude de marcher avec des talons hauts à bout pointu.
Quoi qu'il en soit, un rebondissement vint rendre l'affaire encore plus étrange.


Thomas Cleland, le médecin légiste d'Adélaïde, était face à une énigme. Un éminent professeur, Cedric Stanton Hicks, lui suggéra qu'il n'y avait qu'une seule solution au problème : un poison rare avait dû être utilisé. Pour lui, il ne pouvait s'agir dit-il que d'un poison qui se décompose très peu de temps après avoir provoqué la mort sans laisser de trace. Les seuls poisons capables d'un tel exploit étaient si dangereux et mortels que le professeur ne voulut pas prononcer leurs noms à haute voix au tribunal. Il écrivit alors les noms de deux d'entre eux sur une feuille de papier et la fit passer à Cleland. Il s'agissait du « digitalis » et du « strophanthin ». Pour Hicks, la deuxième suggestion était sans doute la bonne. Le strophanthin est un glycocide rare issu des racines d'une plante africaine. À l'origine, il était utilisé par une tribu peu connue de Somalie dont les membres se servaient pour empoisonner les pointes de leurs flèches.


La police poursuivit néanmoins l'enquête, plus perplexe que jamais. De nombreuses empreintes digitales furent collectées à travers tout le pays, puis dans tout le monde anglophone. Personne ne put les identifier. Des habitants d'Adélaïde furent escortés à la morgue dans l'espoir qu'ils puissent donner un nom à cet inconnu. Certains pensaient reconnaître la victime grâce à des photos publiées dans les journaux, d'autres étaient des proches désespérés à la recherche d'un membre de leur famille disparu, mais aucun ne reconnut le corps.
Le 11 janvier 1949, la police d'Australie méridionale avait suivi pratiquement toutes les pistes dont elle disposait et abandonné chacune d'elle. L'enquête fut alors élargie dans l'espoir de retrouver des objets oubliés ayant appartenu au défunt. Des bagages abandonnés pourraient par exemple donner la preuve que l'inconnu venait de l'étranger. Il fallait donc vérifier les hôtels, les teinturiers, le bureau des objets trouvés et les gares des environs. Rien. Mais le 12 janvier, les enquêteurs envoyés à la gare d'Adélaïde trouvèrent une valise marron qui avait été déposée dans le vestiaire le 30 novembre.
Les employés n'avaient aucun souvenir du propriétaire de la valise et son contenu n'était pas d'une grande aide. Elle renfermait une bobine de fil orange semblable à celui utilisé pour recoudre la poche du pantalon de la victime. À part cela, quelqu'un avait pris soin d'effacer toute trace de l'identité de l'inconnu. La valise ne portait ni autocollant ni marque distinctive, et une étiquette avait été arrachée sur l'un des côtés. Elles avaient été également retirées sur tous les vêtements, sauf trois. Ils portaient les noms de « Kean » ou « T. Kean », mais on ne trouva personne portant ce nom. D'après un journal d'Adélaïde, la police conclut que quelqu'un les avait laissés volontairement, sachant pertinemment que le nom de la victime n'était pas Kean ou Keane.
Le reste des affaires était tout aussi vague. Il y avait un kit de pochoirs du style de ceux qu'utilisait l'officier de la marine marchande en charge de peindre les noms des cargos, un couteau de table dont le manche était coupé, ainsi qu'un manteau recousu en point de plume, inconnu en Australie. Un tailleur a identifié ce point de couture comme étant américain, ce qui suggérait que le manteau, et sans doute son propriétaire, avaient voyagé durant la guerre. Mais aucun navire n'était venu de l'étranger et les dossiers de l'immigration n'avaient là encore rien donné.


La police fit venir un nouvel expert, John Cleland, professeur émérite en pathologie à l'Université d'Adélaïde, afin qu'il réexamine le corps et les objets personnels de la victime. En avril, soit 4 mois après la découverte de l'inconnu sur la plage, les recherches de Cleland aboutirent à la découverte d'un dernier indice qui se révélera être le plus déroutant de tous. Cleland découvrit une petite poche cousue à l'intérieur de la ceinture du pantalon de la victime. Les précédentes analyses l'avaient manquée, et plusieurs rapports d'enquête la qualifièrent de « poche secrète ». Une fois ouverte, on y découvrit deux mots, tapés dans une police élaborée. On pouvait lire : « Tamám Shud ».


Frank Kennedy, journaliste d'investigation pour « l'Adelaide Advertiser », reconnut la langue comme étant du perse. Il contacta la police et leur suggéra qu'ils se procurent une copie d'un livre de poésie : « Rubaiyat », d'Omar Khayyam. Son oeuvre, rédigée au XIIe siècle, était devenue populaire en Australie durant la guerre grâce à la traduction d'Edward Fitzgerald. Ce livre existait dans plusieurs éditions, mais les recherches de la police auprès des bibliothèques, éditeurs et autres librairies n'aboutirent à aucune correspondance typographique. Cependant, on pouvait dire que les mots « Tamám shud » provenaient de réflexions romantiques de Khayyam sur la vie et la mort. Il s'agissait en fait des derniers mots de la plupart des traductions anglaises, et qui signifiaient : « Tout est fini. »
Si ces mots étaient pris au pied de la lettre, la cause de la mort pouvait bien être le suicide. Et en réalité, la police ne fit jamais de cette affaire de « disparu » une affaire d'homicide. Cette découverte ne les aida pas à identifier l'inconnu, et le corps commençait à se décomposer.


Des dispositions furent prises pour les obsèques mais, consciente qu'elle se débarrassait de l'une des seules preuves dont elle disposait, la police demanda au préalable à ce que le corps fût embaumé et qu'on fît un moule de la tête et du torse du défunt. Après quoi le corps fut enterré, scellé sous du béton dans un endroit sec – le lieu avait été spécifiquement choisi – au cas où il faudrait l'exhumer.
En 1978, on pouvait parfois y voir des fleurs, mais personne ne savait qui les y avait laissées ni pourquoi.





Ci-gît l'homme inconnu qui fut trouvé à Somerton Beach le 1er déc. 1948



En juillet, soit 8 mois après le début de l'enquête, les recherches tournant autour du livre de poésie « Rubaiyat », commencèrent à porter leurs fruits. Le 23, un habitant de Glenelg entra dans le bureau de l'inspecteur avec une copie du livre et une histoire étonnante. En décembre, juste après la découverte du corps, il était parti faire un tour en voiture avec son beau-frère ; il avait garé sa voiture à quelques centaines de mètres de Somerton Beach. Le beau-frère avait trouvé une copie du livre « Rubaiyat » sur la banquette arrière. Chacun d'eux avait alors pensé que le livre appartenait à l'autre et celui-ci était depuis resté prendre la poussière dans la boîte à gants. Alertés par un article traitant de l'enquête, les deux hommes avaient alors décidé de jeter un coup d'oeil au livre. Ils découvrirent que l'ultime page avait été déchirée, ainsi que les derniers mots de Khayyam.
Le sergent Lionel Leane examina le livre avec minutie. Il trouva un numéro de téléphone inscrit au dos du livre. La police avait enfin une preuve solide à exploiter...


Bien que le numéro de téléphone se trouva sur liste rouge, la police apprit qu'il appartenait à une jeune infirmière vivant près de Somerton Beach. Comme pour les deux hommes de Glenelg, son identité ne fut jamais révélée au grand public, on ne la connaît que sous son surnom, « Jestyn ». [A savoir, la police australienne de 1949 essayait tant bien que mal de protéger les témoins qui étaient embarrassés d'être liés à cette enquête.] Jestyn donc admit qu'elle avait un jour offert une copie de « Rubaiyat », à Alfred Boxall, un homme qu'elle avait connu pendant la guerre. La police pensait en avoir enfin terminé avec cette affaire. Boxall était sans doute l'inconnu. Il suffit de quelques jours aux enquêteurs pour retrouver l'endroit où il vivait : Marouba, en Nouvelle-Galles du Sud. L'ennui, c'est que Boxall était toujours en vie et qu'il possédait toujours la copie « Rubaiyat » que lui avait offerte Jestyn. La dédicace de l'infirmière était toujours là, intacte. Le bout de papier retrouvé dans la poche secrète de la victime devait ainsi provenir d'ailleurs.
Il aurait été utile que la police d'Australie méridionale pose plus de questions à Jestyn, mais de toute évidence, elle ne le fit pas. L'interrogatoire gentillet qu'elle avait subi soulevait quelques questions. Entendue à nouveau, elle se rappela que l'année passée – elle ne se souvenait plus quand exactement –, alors qu'elle rentrait chez elle un soir, ses voisins l'avaient informée qu'un inconnu avait appelé et cherchait à la voir. Lorsqu'elle vit le moulage du visage de la victime, Jestyn sembla, selon le sergent Leane, « complètement stupéfaite et comme sur le point de s'évanouir. » Elle semblait reconnaître l'homme mais malgré tout, elle démentit formellement.
Le sergent Leane avait cependant remarqué un détail dans la copie du Rubaiyat qu'avaient apportée les deux hommes de Glenelg. Examinée sous ultraviolets, on pouvait voir cinq lignes dont les lettres étaient mélangées, la deuxième ligne ayant été raturée. Les trois premières lignes étaient séparées des deux dernières par deux lignes horizontales. Un « x » avait été écrit sur ces dernières. Cela ressemblait à un code.





Craquer un code d'après un petit fragment de texte est une tâche quasiment impossible, mais la police fit de son mieux. Le message crypté fut envoyé à la Naval Intelligence, terre promise de l'élite des cryptographes australiens, et la police autorisa sa publication dans la presse. Il y eut alors une frénésie des cryptographes amateurs, mais leurs solutions n'avaient aucune valeur. La Navy en vint à la conclusion que le code était impénétrable.


Jestyn est décédée il y a quelques années sans révéler pourquoi elle avait failli perdre connaissance lorsqu'elle avait vu le visage de la victime. Et lorsque le médecin légiste publia son ultime rapport en 1958, il admit : Je suis incapable de dire qui était le défunt, je suis incapable de dire comment il est mort et quelles en furent les causes.


L'affaire est toujours considérée comme « ouverte » au sein du département des homicides de la police d'Australie du Sud. Malgré de nombreuses recherches tout azimut, le mystère reste entier à ce jour...




Que faut-il en penser... à vous de juger !



Paranormal : Pilote de chasse réincarné - par Chantal - Belgique le 20/08/2016 » 12:51

La famille Leininger mène une vie tranquille à Lafayette, petite ville au sud de la Louisiane et pourtant...

Avion en feu ! Avion en feu ! Les hurlements du petit James réveillent ses parents, une fois de plus. Bruce et Andrea commencent à regretter d'être allés visiter ce musée de la Seconde Guerre mondiale avec leur bébé âgé d'à peine 2 ans. Certes, il faisait déjà des cauchemars, comme cela arrive chez les enfants, mais, depuis que son langage s'élabore, ses rêves portent des mots terrifiants : Avion en feu ! L'avion s'écrase ! Le petit homme ne peut pas sortir !
Le médecin de famille est perplexe. Les cauchemars et terreurs nocturnes sont normaux chez les enfants, surtout à partir de 4 ans, car ils font partie de leur évolution et leur permettent de mieux canaliser angoisses et pulsions. Mais James a commencé très tôt, et le contenu de ses rêves est terriblement répétitif. Il leur conseille donc, en cas de crise, de le prendre dans leurs bras, de lui parler doucement pour le rassurer et de lui faire décrire les images de ses rêves, voire de les lui faire dessiner. Pour le médecin, il est possible que la visite au musée, dans cet immense hangar rempli d'avions, ait déclenché ses terreurs nocturnes, même s'il n'a pu y voir aucune image violente et aucune projection de film de guerre.

Hormis la violence de ces épisodes nocturnes, James mène la vie d'un petit garçon épanoui et équilibré. Andrea remarque toutefois que son fils a des réflexions et un comportement étonnants pour un enfant de son âge. Un jour, devant un magasin de jouets, elle lui fait remarquer qu'un avion porte une bombe attachée sous la carlingue. Ce n'est pas une bombe, c'est un réservoir secondaire, rétorque-t-il avec aplomb. Un autre jour, dans un aéroport, James se met à inspecter un avion avec la même attitude, les mêmes gestes et aux mêmes endroits qu'un pilote professionnel. D'où tient-il tout cela ?
Le problème prend une tournure plus étrange lors d'une nuit où la crise de panique de James se révèle alarmante. Dans les bras de ses parents, l'enfant se calme lorsque sa mère, suivant les conseils du médecin, lui demande : Qui est le petit homme qui ne peut pas sortir ? James s'écrie : Moi ! Et qu'est-il arrivé à ton avion ? Il s'est écrasé en feu. Et pourquoi s'est-il écrasé ? J'ai été abattu. Ah bon ! reprend Bruce. Qui t'a abattu ? L'enfant prend un air interloqué et répond comme une évidence les Japonais !, tout en donnant une description assez détaillée des avions de chasse nippons des années 1940.





Qu'arrive-t-il à James ? Sa grand-mère maternelle est la première à oser une réponse. Il s'agit peut-être d'un problème de réincarnation. Andrea n'y croit pas. Bruce non plus. Il se met en colère. Dans une famille chrétienne, il n'y a pas de place pour cette « pure superstition ». L'idée même des vies antérieures est une injure à l'intelligence ajoute-t-il. Pour ce responsable des relations humaines dans une compagnie pétrolière, il doit forcément y avoir une explication rationnelle. En bon sceptique autant que bon père, il va s'atteler à la trouver. En commençant par poser des questions plus précises à son fils. Te souviens-tu du type d'avion que le petit homme pilotait ? Un Corsair répond James sans hésiter. Te souviens-tu de l'endroit d'où l'avion a décollé ? D'un bateau, le Natoma. Curieux mot dans la bouche d'un enfant si jeune. Bruce vérifie : un porte-avions américain, l'USS Natoma Bay, transportait des Corsair pendant la guerre.
Intrigué par l'exactitude de ces détails, il poursuit le dialogue avec son fils. À chaque réponse, une vérification. Bruce se lance dans un travail d'enquêteur, allant jusqu'à assister à une réunion des vétérans de l'USS Natoma Bay, sous prétexte d'écrire un livre. Il découvre que les détails racontés par James sont exacts. Depuis le lieu de la dernière bataille, en 1945, reconnu sur une photo par le garçon, jusqu'aux éléments techniques des vols, en passant par les surnoms des avions de guerre. Andrea est désormais convaincue que leur fils est la réincarnation d'un pilote de chasse. Bruce, toujours pas : il cherche la preuve ultime qui, à défaut d'expliquer ce qui arrive à James, lui permettra de démontrer que la réincarnation n'existe pas. Connais-tu le nom d'un camarade du petit homme ? lui demande-t-il. Jack Larsen, répond l'enfant. Ce jour-là, il dessine un avion en flammes, et signe sa feuille « James 3 »





Bruce se met alors à la recherche d'un certain de Jack Larsen, il le trace, le retrouve et le rencontre avec une liste de questions très pointue. Le vétéran confirme tout. Alors le monde s'effondre sous les pieds du jeune père. Il ne parvient pas à s'imaginer son enfant abritant l'âme d'un pilote de chasse mort pendant la guerre.
Bouleversée, Andrea reprend les choses en main et contacte Carol Bowman, une psychothérapeute célèbre aux États-Unis qui travaille dans la lignée de celui qui fut le spécialiste international des « enfants réincarnés », Ian Stevenson.
Comme son prédécesseur, elle a enquêté sur des dizaines de cas et travaille surtout avec des enfants perturbés par des souvenirs de vies antérieures. La thérapeute explique à Bruce et à Andrea que leur fils n'est pas un cas isolé et que ce phénomène se produit essentiellement après des morts violentes. L'âme, en se réincarnant, précise-t-elle, est si imprégnée du traumatisme qu'elle ne peut l'« oublier » lors du passage dans l'au-delà. La psychothérapeute leur conseille de rassurer leur enfant en parlant affectueusement au pilote qui survit en lui et, surtout, en lui demandant de raconter ses rêves comme s'il s'agissait de souvenirs, et non d'images oniriques. Les cauchemars devraient diminuer. Et, en effet, les réveils en pleurs sont plus rares. Jusqu'au jour où Bruce découvre, dans la liste des pilotes abattus le 3 mars 1945, un nom : James Houston Junior, ou « James 2 ». Le petit garçon est donc logiquement « James 3 ».

Nous sommes en 2004, James Leininger a 6 ans, et son histoire fait la une de la presse. Les Américains, médusés, découvrent, dans un documentaire diffusé en prime time sur la chaîne ABC, ce petit garçon plein de vie, expert en avions de chasse, qui se comporte tel un pilote chevronné. Avec un témoignage inattendu : celui d'Anne Baron, la soeur du pilote. La dame âgée a reçu la famille, s'est entretenue avec l'enfant et, les larmes aux yeux, déclare qu'il lui a raconté des choses qu'elle seule pouvait savoir... Comment voulez-vous qu'après cela je ne croie pas en un monde spirituel ? ajoute-t-elle.

James, aujourd'hui âgé de 18 ans, mène la vie d'un adolescent équilibré, même s'il jouit d'une certaine célébrité depuis la parution du best-seller écrit par ses parents (Soul Survivor, the Reincarnation of a World War II Fighter Pilot, D'Andrea et Bruce Leininger) et la circulation « virale » sur Internet du documentaire d'ABC. Il ne fait plus de cauchemars depuis longtemps. Et plus aucun souvenir de vie antérieure ne lui revient. Tout s'est arrêté le jour où, avec sa famille, il est allé dire adieu au pilote de chasse en priant et en jetant une gerbe de fleurs à Iwo Jima, au large du Japon. À l'endroit même où l'avion de James Houston était tombé en flammes.


Complément d'enquête : La plus vieille croyance du monde
Le concept de réincarnation est ancré dans l'inconscient collectif car il s'agit de l'une des plus anciennes croyances de l'histoire humaine : ses premières traces remontent à la préhistoire de l'hindouisme, il y a environ 5000 ans. L'idée qu'une âme puisse se séparer d'un corps au moment de la mort pour vivre une existence nouvelle dans une autre enveloppe a fait son chemin au cours des millénaires.
On en retrouve des éléments en Chine, en Égypte ancienne, chez les Grecs et les Romains de l'Antiquité ou dans le judaïsme. Bien que ce concept revête différentes formes selon les civilisations, c'est la « version » du bouddhisme tibétain – avec la possibilité de se réincarner dans plusieurs corps à la fois – qui est désormais la plus connue en Occident, popularisée par le film Little Buddha de Bernardo Bertolucci (1993). Il met en scène les rituels permettant aux moines de reconnaître l'enfant dans lequel un grand lama se réincarne. Ainsi, en 1936, trois ans après la mort du treizième dalaï-lama, un groupe de moines s'est rendu dans une province perdue du Tibet sur les indications fournies par les augures. Ils y ont rencontré un garçon de 2 ans qui les a immédiatement reconnus et s'est mis à parler leur langue alors que, dans le village, personne ne l'utilisait. Ils l'ont soumis à une cérémonie qui consiste à distinguer des objets – rosaire, tambourin, cloche... – ayant appartenu au précédent dalaï-lama, mélangés avec d'autres objets identiques. Après avoir réussi ce test avec succès, le petit Tenzin Gyatso a été reconnu comme le quatorzième dalaï-lama.



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