Texte à méditer :   Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l'imagination est sans frontières.   Dr. Seuss

Les 3 dernières histoires

Entrepeneur et clown meurtrier - le 09.10.2021 » 09:06 par   Chantal_Belgique



Mais qui aurait pu douter de « Pogo le clown » ? De son vrai nom John Wayne Gacy, ce patron d'une PME de construction qui adorait se déguiser en clown pour amuser les enfants malades des hôpitaux de la banlieue de Chicago. Et pourtant, en novembre 1978, la police débarquait chez lui, à la recherche d'un jeune garçon disparu à qui il avait promis du travail.
L'Amérique découvre alors l'un des pires tueurs en série de son histoire.


Ses origines
John Wayne Gacy, est issu d'une famille d'émigrés, d'origine polonaise par son père et danoise par sa mère. Enfant, Gacy est en surpoids et très souvent malade. Proche de sa mère et de ses deux soeurs, il doit subir les humiliations d'un père, alcoolique et violent envers sa femme et ses enfants, ce dernier le traitant de « tapette » ou de « pédé ».
À l'âge de 9 ans, il est violé par un voisin, ami de la famille mais n'ose pas révéler cet abus sexuel. Il quitte le lycée à 17 ans et part pour Las Vegas où il devient concierge dans un salon funéraire, y découvrant sa fascination pour les cadavres. Il en est congédié pour acte de nécrophilie. De retour à Chicago, il s'inscrit à l'école de commerce de l'université de North Western et y obtient son diplôme en 1963.
Bon vendeur, il gravit les échelons dans différentes entreprises, devenant gérant d'un magasin de vêtements pour hommes puis directeur de trois restaurants KFC franchisés dans l'Iowa.


Le début de la fin



Un dessin de John Wayne Gacy déguisé en « Pogo le clown »


Nous sommes en 1968. Gacy est accusé de tentative de viol sur plusieurs de ses employés adolescents. En novembre de cette même année, il écope de 10 ans de prison pour sodomie. Cependant, il clame son innocence. Il est mis en libération conditionnelle après 18 mois d'incarcération après avoir dupé le psychiatre pénitentiaire qui le croit inoffensif.
Peu de temps après sa libération, il fonde une société de construction, PDM Contractors and CO. Il agresse trois de ses jeunes employés. C'est aussi à cette époque, en 1972, qu'il se confectionne le costume de « Pogo le clown » pour collecter des fonds pour le Parti démocrate de l'Illinois ou pour divertir les enfants malades de l'hôpital local !!!


Son parcours criminel
Il commet son premier meurtre le 1er janvier 1972. Il recrute ses principales victimes dans son entourage en proposant des petits boulots aux jeunes de son quartier. La plupart de ses victimes font d'ailleurs partie de ses employés. Son mode opératoire consiste principalement à les menotter, les torturer et les violer avant de se débarrasser des corps. Ainsi, il torture ses victimes en les brûlant avec des cartes de poker enflammées ou en faisant couler de la cire de bougie fondue sur leur corps, aussi en feignant de les noyer à plusieurs reprises dans la baignoire. En signe de domination, il urine sur ses victimes. Il les viole avant et après les avoir tuées par strangulation, gardant les corps pendant un jour ou deux.
D'une année à l'autre, les plaintes en disparition se multiplièrent. Nombre d'entre elles indiquaient nettement la direction du 8213 West Summerdale. Mais la police reste incrédule, jusqu'à la disparition de Robert Piest, un garçon de 15 ans. Ce 18 décembre 1978 Robert avait rendez-vous avec un entrepreneur pour un entretien d'embauche saisonnier. Il ne revient pas ce soir-là. Ni le lendemain. Fugue, accident ? Improbable. Evidemment, il a dû se produire quelque chose d'anormal, dans ce tranquille pays au bord de la « Des Plaines River ». Au drugstore où travaillait Robert Piest, le personnel se rappelle avoir vu le jeune homme s'entretenir avec le patron de la PDM Contractors and Co, John Wayne Gacy. Mais de là à penser à un drame... Et surtout à soupçonner Pogo le clown !
Des devoirs d'enquêtes sont malgré tout menés. Le 21 décembre 1978, la police arrête John Wayne Gary alias « Pogo le clown ». Suite aux déclarations de Gary, sous sa maison au 8213 West Summerdale Avenue, à Norwood Park, Cook County (Chicago, Illinois), toute la terre est passée au crible. Au total, 26 des 33 victimes revendiquées par Gacy sont retrouvées enterrées ligotées, un tissu enfoncé dans la bouche, certains de ces cadavres dans un état de décomposition avancée. 3 autres cadavres sont retrouvés enterrés dans sa propriété, et les corps de ses 4 dernières victimes repêchés dans la rivière Des Plaines.

Son procès débute le 6 février 1980. Gacy plaide l'aliénation mentale. Il dure 5 semaines et le 13 mars, John Wayne Gacy est condamné à la peine de mort. Il a reçu la plus lourde sentence pour un tueur en série puisqu'il a eu 21 condamnations à perpétuité et 12 condamnations à mort. Gacy est alors transféré au Centre correctionnel Menard à Chester dans l'Illinois, où il est resté incarcéré dans le couloir de la mort pendant 14 ans.
Pogo le clown sera exécuté le 10 mai 1994 par injection létale après le rejet de son dernier appel à la Cour suprême des États-Unis.

  


Que faut-il en penser... à vous de juger !


Les sphères de Klerksdorp - le 13.08.2021 » 10:15 par   Chantal_Belgique



Depuis le milieu des années 1970, des mineurs extraient d'une mine d'argent en Afrique du Sud, la « Wonderstone Silver Mine » près d'Ottosdal, d'étranges sphères métalliques. Ces sphères ont un diamètre qui varie de 0,5 à 10 cm. Une ou plusieurs rainures concentriques entourent certaines des sphères, les partageant en deux hémisphères égaux.
Certains géologues déclarent qu'elles seraient de simples nodules de pyrophyllite* dus à l'érosion naturelle. Cependant ces chercheurs ne s'expliquent pas la présence de rainures comme si ces sphères avaient été usinées. D'autres pensent qu'elles seraient constituées d'un alliage de nickel et d'acier. Cet alliage n'existe pas à l'état naturel sur terre et serait donc le résultat d'une fusion de ces métaux en industrie sidérurgique !!!! Cet alliage de nickel et d'acier correspondrait à un superalliage comme on en trouve aujourd'hui notamment dans les turbines des moteurs d'avions, les turboréacteurs.

*pyrophyllite : Très semblable au talc, la pyrophyllite possède une certaine aptitude à se débiter en feuillets, d'où l'origine de son nom issu de deux mots grecs : pyros > feu et phullon > feuille.


Datation des sphères


Ces sphères sont extraites d'une formation rocheuse de pyrophyllite et se trouvent à une profondeur d'extraction correspondant à un niveau géologique évalué aux alentours de 3 milliards d'années > Précambrien. Par comparaison, l'âge de la terre est évalué à 5 milliards d'années. Si ces sphères métalliques se révèleraient être des artefacts*, on comprend alors que cette datation mettrait en causes les théories actuelles de l'évolution darwiniste. Autrement dit, ces sphères semblent artificielles mais la couche rocheuse où elles ont été trouvées correspond à une ère géologique où aucune forme de vie intelligente n'était présente !!!

*artefact : Objet façonné par l'homme et découvert lors de fouilles archéologiques.
*Darwin Charles : Selon ce naturaliste (1809-1882), l'évolution se fait par sélection naturelle. En d'autres termes, ce sont les organismes les mieux adaptés à leur environnement, grâce à de nouvelles mutations aléatoires, qui survivent et transmettent leurs gènes. Ainsi, les caractères avantageux se répandent de plus en plus dans une population, au fil des générations, et modifient parfois les caractéristiques d'une espèce au point d'en créer une nouvelle.


Description des sphères



200 sphères ont été retrouvées. Toutes ont un diamètre compris entre 0,5 et 10 cm.
Ces sphères peuvent être divisées en deux types :
- Les premières sont lisses et quasiment sphériques de couleur bleue ou brune et qui correspondent beaucoup à des artefacts. L'intérieur est creux avec une substance spongieuse qui se désintègre au contact de l'air. Plusieurs d'entres elles comportent plusieurs lignes parallèles et concentriques comme si elles avaient été usinées. D'autres se présentent même sous la forme de deux coques hémisphériques qui semblent soudées entre elles.
- Les deuxièmes sont plus rugueuses et informes enfermées dans une gangue rocheuse. L'intérieur est plein et ressemble à une roche métallique.


Naturelles ou pas ?
- 1ère théorie > Divers géologues professionnels dont Paul V. Heinrich et Bruce Cairncross s'accordent à dire que les sphères de Klerksdorp sont à l'origine des concrétions qui se sont formées dans des sédiments volcaniques, des cendres ou les deux, après s'être accumulées il y a 3 milliards d'années. Heinrich soutient que les nodules de wollastonite se sont formés par le métamorphisme de concrétions carbonatées en présence de fluides riches en silice générés lors du métamorphisme des dépôts volcaniques les contenant en pyrophyllite. Tant Cairncross que Heinrich soutiennent que les rainures présentées par ces concrétions sont d'origine naturelle. Les rainures représentent des lamelles à grain fin au sein desquelles les concrétions se sont développées.

- 2ème théorie > Les sphères de Klerksdorp ne peuvent pas être d'origine naturelle puisque leurs coques sont formées d'un alliage d'acier et de nickel impossible à trouver à l'état naturel dans la nature.
De plus, en raison de l'apparente contradiction entre l'âge de la couche géologique dans laquelle les sphères ont été trouvées et leur modernité présumée, grand nombre de spécialistes dont les enquêteurs Michael Cremon et Richard Tompson pensent que les sphères appartiennent à une civilisation technologique avancée, éteinte il y a des milliards d'années, lorsque la roche qui les contenait a commencé à se solidifier.

  



Alors, que faut-il en penser... à vous de juger !

  


L'homme de Somerton - le 13.06.2021 » 09:52 par   Chantal_Belgique


Nous sommes le mardi 30 novembre 1948 et 19 heures sonnent. Par cette chaude soirée, le bijoutier John Bain Lyons et sa femme décidèrent d'aller faire un tour sur la plage de Somerton, une station balnéaire à quelques kilomètres au sud d'Adélaïde en Australie. Alors qu'ils marchaient vers Glenelg, ils virent un homme en costume allongé dans le sable, la tête contre une digue. Il était étendu là, à une vingtaine de mètres d'eux, les jambes croisées. Tandis que le couple le regardait, l'homme leva lentement son bras droit avant de le laisser retomber sur le sable. Le bijoutier pensa qu'il était saoul et qu'il essayait de d'allumer une cigarette.
Une demi-heure plus tard, un autre couple remarqua ce même homme, toujours étendu dans la même position. Une femme se pencha au-dessus de lui. Elle constata que son costume était impeccable et qu'il portait des chaussures neuves si brillantes qu'on pouvait se voir dedans – que voilà une bien étrange tenue pour aller à la plage –. Il était immobile. Le couple se dit alors qu'il était endormi. Des dizaines de moustiques voletaient au-dessus de sa tête. Il doit être vraiment mort de fatigue pour ne pas les remarquer, plaisanta le petit ami de la jeune femme.
Il fallut attendre le lendemain matin pour se rendre compte qu'il ne croyait pas si bien dire. L'homme n'était pas seulement mort de fatigue, il était mort. Après avoir nagé quelques longueurs, John Lyons vit plusieurs personnes attroupées près de la digue où il avait aperçu « le soûlard » la veille au soir. Il se dirigea vers elles et vit une silhouette allongée dans la même position, tête appuyée contre la digue et jambes croisées. Mais à présent, le corps était froid. Il n'y avait pas la moindre trace de violence. Une cigarette à moitié consumée était posée sur son col, comme si elle était tombée de sa bouche.



Le corps arriva au Royal Hospital d'Adélaïde 3 heures plus tard. Là, le docteur John Barkley Bennett évalua l'heure de la mort à 2 heures du matin. Selon lui, la cause du décès était sans doute une insuffisance cardiaque, mais il soupçonnait un empoisonnement. Le contenu de ses poches fut disposé sur la table : des tickets pour rallier Adélaïde à la plage, un paquet de chewing-gum, quelques allumettes, deux peignes et un paquet de cigarettes Army Club qui en contenait sept d'une autre marque plus chère, des Kensitas. Il n'y avait ni portefeuille, ni argent liquide, ni carte d'identité. Aucun des vêtements de la victime ne portait d'étiquette avec son nom inscrit dessus. En vérité, toutes les étiquettes avaient été soigneusement retirées. Toutes sauf une. Une des poches de son pantalon avait été recousue avec un fil orange peu commun.
Une autopsie fut pratiquée le jour suivant. Les résultats des analyses post-mortem n'aidèrent pas les enquêteurs à y voir plus clair. L'autopsie révéla que ses pupilles étaient plus petites que la normale et d'aspect inhabituel, et qu'une goutte de salive avait ruisselé le long de la bouche de l'homme alors qu'il était allongé. Sa rate était anormalement grosse et dure. Le foie était gonflé et plein de sang.
Le pathologiste John Dwyer trouva dans l'estomac de la victime les restes de son dernier repas – une tourte à la viande et aux légumes –, ainsi que du sang. Ce détail venait corroborer la thèse de l'empoisonnement, même si rien ne prouvait que le poison ait été mis dans la nourriture. À présent, l'étrange comportement qu'avait eu la victime sur la plage – s'écrouler dans le sable vêtu d'un costume, lever puis laisser tomber son bras droit – ne semblait plus être lié à l'alcool. Cela ressemblait plus à l'attitude de quelqu'un ayant reçu une dose mortelle d'un produit à effet lent. De nombreux tests sanguins ainsi que des analyses sur les organes de la victime furent effectués, mais d'après les rapports de l'expert, les résultats n'ont révélé aucune trace de poison. J'ai été très surpris que l'expert ne trouve rien, confiait le pathologiste lors de l'enquête. À dire vrai, la cause de la mort ne put être déterminée.
Le corps révéla d'autres bizarreries. Les muscles de ses mollets étaient très développés : même s'il approchait la cinquantaine, l'homme avait toujours des jambes d'athlète. Ses orteils, en revanche, avaient une forme très étrange. Un expert laissa une note dans le dossier de l'enquête : Je n'ai jamais vu de toute ma carrière des muscles aussi développés... Et la forme de ses pieds était frappante, on aurait dit – et c'est ma théorie – qu'il avait pris l'habitude de marcher avec des talons hauts à bout pointu.
Quoi qu'il en soit, un rebondissement vint rendre l'affaire encore plus étrange.


Thomas Cleland, le médecin légiste d'Adélaïde, était face à une énigme. Un éminent professeur, Cedric Stanton Hicks, lui suggéra qu'il n'y avait qu'une seule solution au problème : un poison rare avait dû être utilisé. Pour lui, il ne pouvait s'agir dit-il que d'un poison qui se décompose très peu de temps après avoir provoqué la mort sans laisser de trace. Les seuls poisons capables d'un tel exploit étaient si dangereux et mortels que le professeur ne voulut pas prononcer leurs noms à haute voix au tribunal. Il écrivit alors les noms de deux d'entre eux sur une feuille de papier et la fit passer à Cleland. Il s'agissait du « digitalis » et du « strophanthin ». Pour Hicks, la deuxième suggestion était sans doute la bonne. Le strophanthin est un glycocide rare issu des racines d'une plante africaine. À l'origine, il était utilisé par une tribu peu connue de Somalie dont les membres se servaient pour empoisonner les pointes de leurs flèches.


La police poursuivit néanmoins l'enquête, plus perplexe que jamais. De nombreuses empreintes digitales furent collectées à travers tout le pays, puis dans tout le monde anglophone. Personne ne put les identifier. Des habitants d'Adélaïde furent escortés à la morgue dans l'espoir qu'ils puissent donner un nom à cet inconnu. Certains pensaient reconnaître la victime grâce à des photos publiées dans les journaux, d'autres étaient des proches désespérés à la recherche d'un membre de leur famille disparu, mais aucun ne reconnut le corps.
Le 11 janvier 1949, la police d'Australie méridionale avait suivi pratiquement toutes les pistes dont elle disposait et abandonné chacune d'elle. L'enquête fut alors élargie dans l'espoir de retrouver des objets oubliés ayant appartenu au défunt. Des bagages abandonnés pourraient par exemple donner la preuve que l'inconnu venait de l'étranger. Il fallait donc vérifier les hôtels, les teinturiers, le bureau des objets trouvés et les gares des environs. Rien. Mais le 12 janvier, les enquêteurs envoyés à la gare d'Adélaïde trouvèrent une valise marron qui avait été déposée dans le vestiaire le 30 novembre.
Les employés n'avaient aucun souvenir du propriétaire de la valise et son contenu n'était pas d'une grande aide. Elle renfermait une bobine de fil orange semblable à celui utilisé pour recoudre la poche du pantalon de la victime. À part cela, quelqu'un avait pris soin d'effacer toute trace de l'identité de l'inconnu. La valise ne portait ni autocollant ni marque distinctive, et une étiquette avait été arrachée sur l'un des côtés. Elles avaient été également retirées sur tous les vêtements, sauf trois. Ils portaient les noms de « Kean » ou « T. Kean », mais on ne trouva personne portant ce nom. D'après un journal d'Adélaïde, la police conclut que quelqu'un les avait laissés volontairement, sachant pertinemment que le nom de la victime n'était pas Kean ou Keane.
Le reste des affaires était tout aussi vague. Il y avait un kit de pochoirs du style de ceux qu'utilisait l'officier de la marine marchande en charge de peindre les noms des cargos, un couteau de table dont le manche était coupé, ainsi qu'un manteau recousu en point de plume, inconnu en Australie. Un tailleur a identifié ce point de couture comme étant américain, ce qui suggérait que le manteau, et sans doute son propriétaire, avaient voyagé durant la guerre. Mais aucun navire n'était venu de l'étranger et les dossiers de l'immigration n'avaient là encore rien donné.


La police fit venir un nouvel expert, John Cleland, professeur émérite en pathologie à l'Université d'Adélaïde, afin qu'il réexamine le corps et les objets personnels de la victime. En avril, soit 4 mois après la découverte de l'inconnu sur la plage, les recherches de Cleland aboutirent à la découverte d'un dernier indice qui se révélera être le plus déroutant de tous. Cleland découvrit une petite poche cousue à l'intérieur de la ceinture du pantalon de la victime. Les précédentes analyses l'avaient manquée, et plusieurs rapports d'enquête la qualifièrent de « poche secrète ». Une fois ouverte, on y découvrit deux mots, tapés dans une police élaborée. On pouvait lire : « Tamám Shud ».

Frank Kennedy, journaliste d'investigation pour « l'Adelaide Advertiser », reconnut la langue comme étant du perse. Il contacta la police et leur suggéra qu'ils se procurent une copie d'un livre de poésie : « Rubaiyat », d'Omar Khayyam. Son oeuvre, rédigée au XIIe siècle, était devenue populaire en Australie durant la guerre grâce à la traduction d'Edward Fitzgerald. Ce livre existait dans plusieurs éditions, mais les recherches de la police auprès des bibliothèques, éditeurs et autres librairies n'aboutirent à aucune correspondance typographique. Cependant, on pouvait dire que les mots « Tamám shud » provenaient de réflexions romantiques de Khayyam sur la vie et la mort. Il s'agissait en fait des derniers mots de la plupart des traductions anglaises, et qui signifiaient : « Tout est fini. »
Si ces mots étaient pris au pied de la lettre, la cause de la mort pouvait bien être le suicide. Et en réalité, la police ne fit jamais de cette affaire de « disparu » une affaire d'homicide. Cette découverte ne les aida pas à identifier l'inconnu, et le corps commençait à se décomposer.


Des dispositions furent prises pour les obsèques mais, consciente qu'elle se débarrassait de l'une des seules preuves dont elle disposait, la police demanda au préalable à ce que le corps fût embaumé et qu'on fît un moule de la tête et du torse du défunt. Après quoi le corps fut enterré, scellé sous du béton dans un endroit sec – le lieu avait été spécifiquement choisi – au cas où il faudrait l'exhumer.
En 1978, on pouvait parfois y voir des fleurs, mais personne ne savait qui les y avait laissées ni pourquoi.



Le Ci-gît l'homme inconnu qui fut trouvé à Somerton Beach le 1er déc. 1948


En juillet, soit 8 mois après le début de l'enquête, les recherches tournant autour du livre de poésie « Rubaiyat », commencèrent à porter leurs fruits. Le 23, un habitant de Glenelg entra dans le bureau de l'inspecteur avec une copie du livre et une histoire étonnante. En décembre, juste après la découverte du corps, il était parti faire un tour en voiture avec son beau-frère ; il avait garé sa voiture à quelques centaines de mètres de Somerton Beach. Le beau-frère avait trouvé une copie du livre « Rubaiyat » sur la banquette arrière. Chacun d'eux avait alors pensé que le livre appartenait à l'autre et celui-ci était depuis resté prendre la poussière dans la boîte à gants. Alertés par un article traitant de l'enquête, les deux hommes avaient alors décidé de jeter un coup d'oeil au livre. Ils découvrirent que l'ultime page avait été déchirée, ainsi que les derniers mots de Khayyam.
Le sergent Lionel Leane examina le livre avec minutie. Il trouva un numéro de téléphone inscrit au dos du livre. La police avait enfin une preuve solide à exploiter...


Bien que le numéro de téléphone se trouva sur liste rouge, la police apprit qu'il appartenait à une jeune infirmière vivant près de Somerton Beach. Comme pour les deux hommes de Glenelg, son identité ne fut jamais révélée au grand public, on ne la connaît que sous son surnom, « Jestyn ». [A savoir, la police australienne de 1949 essayait tant bien que mal de protéger les témoins qui étaient embarrassés d'être liés à cette enquête.] Jestyn donc admit qu'elle avait un jour offert une copie de « Rubaiyat », à Alfred Boxall, un homme qu'elle avait connu pendant la guerre. La police pensait en avoir enfin terminé avec cette affaire. Boxall était sans doute l'inconnu. Il suffit de quelques jours aux enquêteurs pour retrouver l'endroit où il vivait : Marouba, en Nouvelle-Galles du Sud. L'ennui, c'est que Boxall était toujours en vie et qu'il possédait toujours la copie « Rubaiyat » que lui avait offerte Jestyn. La dédicace de l'infirmière était toujours là, intacte. Le bout de papier retrouvé dans la poche secrète de la victime devait ainsi provenir d'ailleurs.
Il aurait été utile que la police d'Australie méridionale pose plus de questions à Jestyn, mais de toute évidence, elle ne le fit pas. L'interrogatoire gentillet qu'elle avait subi soulevait quelques questions. Entendue à nouveau, elle se rappela que l'année passée – elle ne se souvenait plus quand exactement –, alors qu'elle rentrait chez elle un soir, ses voisins l'avaient informée qu'un inconnu avait appelé et cherchait à la voir. Lorsqu'elle vit le moulage du visage de la victime, Jestyn sembla, selon le sergent Leane, « complètement stupéfaite et comme sur le point de s'évanouir. » Elle semblait reconnaître l'homme mais malgré tout, elle démentit formellement.
Le sergent Leane avait cependant remarqué un détail dans la copie du Rubaiyat qu'avaient apportée les deux hommes de Glenelg. Examinée sous ultraviolets, on pouvait voir cinq lignes dont les lettres étaient mélangées, la deuxième ligne ayant été raturée. Les trois premières lignes étaient séparées des deux dernières par deux lignes horizontales. Un « x » avait été écrit sur ces dernières. Cela ressemblait à un code.



Craquer un code d'après un petit fragment de texte est une tâche quasiment impossible, mais la police fit de son mieux. Le message crypté fut envoyé à la Naval Intelligence, terre promise de l'élite des cryptographes australiens, et la police autorisa sa publication dans la presse. Il y eut alors une frénésie des cryptographes amateurs, mais leurs solutions n'avaient aucune valeur. La Navy en vint à la conclusion que le code était impénétrable.


Jestyn est décédée il y a quelques années sans révéler pourquoi elle avait failli perdre connaissance lorsqu'elle avait vu le visage de la victime. Et lorsque le médecin légiste publia son ultime rapport en 1958, il admit : Je suis incapable de dire qui était le défunt, je suis incapable de dire comment il est mort et quelles en furent les causes.
L'affaire est toujours considérée comme « ouverte » au sein du département des homicides de la police d'Australie du Sud. Malgré de nombreuses recherches tout azimut, le mystère reste entier à ce jour...

  

Le mystère sur le point d'être résolu 73 ans plus tard
Ce 19 mai 2021, le corps de l'homme de Somerton a été exhumé au cimetière de West Terrace à Adélaïde et emmené au laboratoire Forensic Science SA, où des experts tentent d'établir un profil ADN. Mais cette exhumation ne vise pas seulement à clore le dossier de l'une des affaires les plus intrigantes d'Australie, comme le précise le commissaire Des Bray. Il est important que tout le monde se souvienne que l'homme de Somerton n'est pas seulement une curiosité ou un mystère à résoudre. C'est le père, le fils, peut-être le grand-père, l'oncle ou le frère de quelqu'un, et c'est pourquoi nous faisons cela et essayons de l'identifier, a-t-il déclaré à la presse locale.
Nous connaissons des personnes qui vivent à Adélaïde et qui pensent avoir un lien de parenté avec lui. Et ils méritent d'avoir une réponse définitive.
C'est notamment le cas de Rachel Egan qui pense être la petite-fille de l'homme de Somerton. Qu'il soit apparenté à l'un d'entre nous ou non, nous l'avons en quelque sorte adopté dans notre famille, a déclaré Derek Abbott, le mari de Rachel, à CNN. La cause de sa mort n'est plus vraiment ce qui nous intéresse. C'est plutôt qui il était et si on peut lui rendre son nom.

Le commissaire Des Bray a déclaré que de nombreuses théories avaient été avancées au fil des ans, mais que personne ne connaît la vérité. On a évoqué l'idée qu'il était un espion russe, qu'il était impliqué dans le marché noir, ou qu'il était marin, a-t-il expliqué.
Les gens ont fait de leur mieux dans le passé, tout le monde a fait tout ce qu'il pouvait pour résoudre l'affaire, mais ils n'y sont pas parvenus.

Comme le rappelle Anne Coxon, la directrice adjointe de Forensic Science SA, la technologie moderne est à des années-lumière des techniques disponibles lorsque le corps a été découvert à la fin des années 1940. Les tests de cette nature sont souvent très complexes et prendront du temps, a-t-elle déclaré. Cependant, nous utiliserons toutes les méthodes à notre disposition pour tenter de mettre un terme à cette énigme.
Vickie Chapman, la procureure générale d'Australie-Méridionale, qui a autorisé l'exhumation, a déclaré que l'équipe de Forensic Science SA était bien équipée pour mener à bien cette tâche difficile. Pendant plus de 70 ans, les gens ont spéculé sur l'identité de cet homme et sur la façon dont il est mort, a-t-elle déclaré. C'est un mystère persistant, mais je crois que, finalement, nous pourrons découvrir quelques réponses.

Cette affaire s'inscrit dans le cadre de l'opération « Persevere », qui vise à mettre un nom sur tous les restes humains non identifiés en Australie-Méridionale.

Sarah Winkel pour 7sur7 - Source : CNN, The Guardian

  

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